La cote de turquoise, acte 3

Je ne dépasserais pas les trois actes pour cette cote de turquoise, car cela pourrait par la suite ressembler a une tragédie (remarque 5 actes, il reste un peu de marge… ). Au moins le format trilogie, ca finit toujours bien comme pour le Seigneur des anneaux par exemple!

En tout cas, après avoir rejoint Marmaris, nous prenons le prochain bus pour Fethiye, afin d’y voir les fameuses tombes Hittites : vieux tombeaux creusés dans la montagne. On est chanceux, c’est gratuit en basse saison.

Vue d'ensemble des tombes
Vue d’ensemble des tombes
Gros plan sur la grande tombe

Gros plan sur la grande tombe

On repart pour Kalekoy, le bus n’y va pas en basse saison, mais nous dépose a 10 km : on peut se tenter le stop, c’est pas la petite galère de la presqu’ile qui va nous décourager! Ceci dit, cette fois, il n’y a pas de bus de secours, en cas d’échec …

Le stop en turc, c'est dur...

Le stop en turc, c'est dur...

On pourra dire  que l’attente fut longue : toujours ce problème de trafic un peu léger, et surtout la plupart des voitures sont pleines. Nous avons cependant quelques compagnons de stop : une vieille femme qui se fait prendre par ses amis presque instantanément, un homme qui pourra monter derrière une moto , un autre homme que aura la chance d’avoir la dernière place dans une voiture bien chargée, mais pour nous, personne… Presque on s’apprêtait a se construire un abri de fortune quand enfin arriva notre sauveur : Hassan, la quarantaine décontractée, cheveux longs,  barbe fine, cuisinier a Ucaguz, le village voisin de Kalekoy! Il tient un restaurant juste a cote du port de plaisance, permettant l’accès maritime a Kalekoy.

On décide de s’arrêter manger chez lui pour le remercier, surtout qu’une affiche l’annonce comme étant le meilleur cuisinier de la méditerranée! On mangera du poisson avec un bout de concombre, un bout de tomate, du riz et du persil, rien de très sophistique ni de très raffiné en fin de compte…

Son neveu nous propose une ballade en yacht pour aller voir la cite engloutie de l’ile de Kekova et le village de Kalekoy, mais le prix est assez redibitoire (en comparaison du prix indique par Kaptan Martin pour  la traversee en barque). On fait mine de ne pas etre interesses et petit a petit le prix descend tout au long du repas, jusqu’a etre tres raisonable au moment du the. On cede a la tentation, d’autant plus qu’en barque, on ne pourrait que traverser sans voir la cite engloutie.

Notre yacht

Notre yacht

Nous voila donc a deux sur notre yacht a admirer les paysages sous marins et sur marins. On apercoit des pans  de murs entiers sous l’eau, impressionnant!

La sentinelle de garde a Kalekoy

La sentinelle de garde a Kalekoy

La cite engloutie

La cite engloutie

Puis nous faisons escale a Kalekoy : ce village est construit sur des ruines anciennes, mais construit a la turque, ce qui lui donne un charmant aspect decousu et labyrinthique. Un chateau byzantin domine l’ensemble, puis sur le crete est, on apercoit quelques tombes antiques, parsemees au milieu d’un champ d’oliviers millenaires. Un couple de vieux gardent un troupeau de chevres au milieu de ce drole de « musee » en plein air.

Tombes, oliviers et chevres

Tombes, oliviers et chevres

Ce village est calme, beau, et son environnement exceptionnel.

Le village de Kalekoy

Le village de Kalekoy

On passe dire bonjour de la part du Kaptan Martin a un autre restaurant Hassan : la legende raconte qu’un guide touristique a fait une critique elogieuse du restaurant Hassan de Kalekoy, depuis tous les restaurants du coin s’appelent restaurant Hassan! Sur le depart du port, on croise une barque d’ecoliers qui arrivent a 20 dans leur minuscule bateau, tandis que nous, on a notre yacht a deux. Nous voulions voyager en coherence avec les habitudes locales, autant dire que la, c’est rate… Ceci dit les paysages marins sompteux au coucher du soleil nous feront vite oublier ce derapage.

Coucher de soleil

Coucher de soleil

On finit par passer la nuit sur la terrasse du restaurant d’Hassan (celui qui nous a pris en stop) qui nous offre aussi le the, quelle hospitalite ces turcs!

Restaurant Hassan

Restaurant Hassan

J’opte pour la terrasse couverte avec carrelage (j’ai mon carremat qui me sert pour la troisieme fois du voyage!), Baptiste prefere le confort des coussins sur les bancs exterieurs et la vue des etoiles : cela sera temporaire pour lui car en pleine nuit, un orage eclate. Si l’on rajoute a cela les quelques moustiques plutot gourmands qui nous empeche de profiter de Mosphee, on peut dire que cette nuit ne fut pas de tout repos…

Le lendemain, Hassan nous offre un dernier the avant que l’on parte, merci mille fois, quel accueil! Puis nous partons pour Antalya, notre derniere etape du bord de mer. Quelle belle cote, cette cote de turquoise, dire qu’en saison plus chaude, on aurait pu se faire une randonnee de 100 km alliant sites historiques et paysages de littoral, le long de la voie lycienne.

En tout cas j’ai trouve un endroit ou je passerai volontier ma retraite, mais je crains qu’il faille attendre un demi siecle encore… Mais je serai patient, car le bon air marin, les oliviers millenaires, les vestiges antiques et la gentillesse des habitants seront toujours la!

Les petits plus turcs

Voici la liste non exaustive des petits plus qui font la difference en Turquie :

  • On peut acheter des gobelets d’eau minerale : sorte de pot de yahourt souple transparent, avec de l’eau dedans (ben oui, moi je trouve ca depaysant!)
  • Il y a des cafes ou l’on ne fait que boire du the et cafe, en jouant aux cartes, au backgammon ou au rami, dans une atmosphere enfummee
  • Les feux rouges disposent d’un compte a rebours
  • Les turcs sont d’une gentillesse extreme, et sont tres fiers de rendre service
  • On peut se parfumer a l’eau de cologne dans les bus
  • Les couples de tout age manifestent leur amour par des bisous sur le front, ou autres gestes d’affection
  • Certains paves en ville sont clignotants et changent de couleur
  • Les chants d’appel a la priere sont divers et mystiques
  • Il y a des epouvantails a automobilistes : de fausses voitures de police en carton!
  • Les toilettes turques modernes sont comme les notres, mais avec l’option bidet, avec un petit jet d’eau arrivant par derriere

Les petits plus grecs

Bon, comme les recits prennent trop de temps a ecrire, je vais de temps en temps faire des billets hors contexte, afin de pouvoir revenir sur des details de maniere rapide.

Voici la liste non exaustive des petits plus qui font la difference en Grece :

  • A Athenes, les paves des routes sont balises pour permettre aux aveugles de circuler
  • La plupart des restaurant vous offre de dessert
  • Les vieux grecs sont les champions du monde du tournage de chapelet
  • Les alcools sont pas chers
  • On peut fumer de partout
  • On peut prendre des photos dans tous les musees
  • En arrivant au bar, on vous sert un verre d’eau avant meme de demander votre commande
  • Le bus vous prend, et vous depose n’importe ou sur la route
  • Il fait plus de 25 degres en novembre

La cote de turquoise, acte 2 (enfin!)

La presqu’ile de Bozburun n’est pas trop accessible en transport en commun, qu’a cela ne tienne, on va tester le stop en Turquie! Ca marche plutot pas mal, au bout de 3 voitures, un couple d’anglais, la cinquantaine nous amene dans une voiture locale, jusqu’au prochain mini village sur la route de Bozburun. Ils se sont installes la, parlent turc et apprecient l’environnement naturel de la presque ile de Bozburun, malgre le fait que les bateaux du port de plaisance ont tendance a deverser le contenu de leurs toilettes dans la mer… C’est pourtant interdit, je ne sais pas comment ils font pour ne pas se faire reperer avec cette mer totalement transparente!

La preuve que l'eau est transparente!

Une navette de bus pour Bozburun ne va pas tarder a arriver, nous indique Dorothy, qui vient de questionner un habitant en utilisant le turc avec un leger accent anglais du plus bel effet! Nous prendons donc le dolmus car vu la frequentation de la route du coin, on est pas pret de faire nos 25 km en stop! On profite des magnifiques paysages, savant melange de criques et de plages, de rochers et de forets, agreemente de petits villages.

En arrivant a Bozburum, on passe devant une ribambelle de chantiers navals, plus ou moins en chantier, ou a l’abandon. On passe une premiere fois sur la croisette qui longe le port. Un nombre impressionnant de yachts turcs ont trouve refuge ici pour la basse saison.

Oh mon bateau!

On s’arrete manger au Gordon’s Restaurant, tenu par Osman, sur le bon conseil de Dorothy. Au menu : des « mezzelis », les hors d’oeuvres turcs, delicieux :

  • fromage de chevre cremeux a la sauge, a l’ail et aux concombres
  • concentre de tomates, oignons, ail et concombres haches, froids
  • roule (pate croustillante) de fromage
  • anchois frits
  • salade de choux
  • crudites
  • galette de pomme de terre

Par hasard, « Kaptan Martin », un rocambolesque francais de Zanzibar qui passe son temps entre la France pour travailler, et la Turquie pour vivre, passe par la. Il a fait le tour de la Mediterannee en bateau avec sa famille. Il est persuade que Bozburun est le plus bel endroit a vivre de toute cette mer. Dorothy nous avait parle d’un couple de francais mais j’avais compris que « Martine » serait une femme et non pas « Martin » prononce a l’anglaise… Il nous explique qu’on a eu de la chance que Dorothy etait accompagnee car elle a pour habitude de faire payer en nature ses services, du moins aux jeunes turcs du coin… Ca fait du bien d’arriver a un endroit ou les ragots se partagent aussi facilement, je me sens comme chez moi a Venterol.

Le temps d’une biere, Kaptan Martin nous indique une pension a cote de chez lui ainsi qu’un bon tuyau pour notre prochaine etape, l’ile de Kekova, avec une ville engloutie que l’on apercoit dans l’eau transparente.

On balade toute l’apres midi sur la croisette et vers les chantiers navals, c’est beau, c’est reposant, et ca donne envie de vivre au bord de l’eau, a passer sa vie a se construire petit a petit son bateau, puis quitter la tranquilite de ce village pour affronter la mer, ou alors quitter l’affront societal pour la quietude de la mer, je sais pas trop mais je croies que je suis un autre chemin : moi je galere les pieds sur terre (ca va tant qu’il n’y a pas de vague a l’ame) !

C'est juste le debut, apres c'est plus beau encore!

C'est juste le debut, c'est mieux encore apres!

Apres l’inevitable coucher de soleil sur la croisette, a la hauteur de cette belle journee, on rejoint notre hote, Nahil, qui nous montre l’appartement 2 pieces, plus cuisine equipee et sejour, avec une grande terrasse (et oui, on change de standing!) dans lequel nous allons dormir. Il nous convie a une collation produite maison : miel aux amandes, confiture de coing, fromage de chevre, olives avec du pain. Devant de tels efforts d’hospitalite, on lui offre a notre tour une bouteille de Vinsobres, que Baptiste se trimballe depuis la France et qu’on voulait offrir a Anastasia, mais qu’on avait pas pu lui donner, puisqu’on n’a finalement pas dormi chez elle.

Kaptan Martin, sa femme et une couple de convives francais reviennent alors du restaurant. On est invites a venir boire un coup avec eux. On se retrouve a table, entre francais et avec Nahil au milieu, qui en profite pour offrir le vin qu’on lui a offert a Martin! On a une bonne discussion franchouillarde bien arrosee sur les themes classiques du voyage, de la politique, de nos conneries de jeunesse, le tout sur un ton libertaire tout a fait appreciable. Avec Baptiste, on reste assez discrets : on est plus habitues a tant de bagout!

Apres la petite gnole de fin, on va se coucher (avant que Kaptain Martin et sa femme ne s’endorment dans leur lits d’a cote), nous laissant finir la soiree a deux metres d’eux, comme ils ont l’habitude de le faire avec leur hotes!

Apres une nuit paisible, on profite une derniere fois de cette belle croisette et on dit adieu a nos compatriotes, qui nous proposent le petit dejeuner chez eux avec insistance, mais c’est deja consomme.

Ils nous donnent un pain juste sorti du four commun du village, offert par la femme de Nahil (decidement tout le monde refile les cadeaux des autres ici, ca doit etre une coutume locale!!!).

Kaptan Martin nous amene a la sortie du village en voiture et nous aide a partir en stop en aranguant en turc les quelques voitures de passage. Il nous faudra attendre le bus pour pouvoir revenir a la grande ville…  On part heureux, quel bel endroit, merci a Kaptan Martin et sa femme, c’est beau les gens qui se nourrissent de differentes cultures : ici allier l’impertinence, l’elegance et le charme francais avec la tolerance, l’hospitalite et la gentillesse turque. Merci beaucoup!

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